J’aimerais bien manger ma gratinée tranquille !

L’autre midi, dans ce froid, un repas léger et revigorant. Une soupe à l’oignon. En dessert une orange. Principe simple. Faire revenir lentement des oignons finement hachés jusqu’à ce qu’ils ramollissent et brunissent. Puis les noyer d’eau. Faire bouillir. La soupe est prête. Au mieux on verse sur les oignons un bouillon de bœuf et on accompagne la soupe de croûtons de pains avec du fromage râpé. Passée au four elle est dite gratinée. Mais c’est toute nue que je vous la propose ici.

C’est une soupe typique d’hiver. Quand seuls les oignons renferment tant de sucs et de sels nécessaires à la vie. Boisson bue après avoir passé la nuit à danser. Qui régale le corps épuisé par le plaisir. Soupe servie au petit jour. Le premier de l’année par exemple. A la fois pour se restaurer des excès et pouvoir continuer la fête. Promesse de fête sans fin. Boisson de jouisseur, boisson de noceur. Légère, chaude, et requinquante.

Pour un litre de soupe, je prends trois petits oignons. Des jaunes du pays, pris à Noailles à 90 centimes le kilo. Dans une marmite, je fais fondre un gros morceau de beurre et j’ajoute de l’huile de tournesol. Je coupe les oignons en deux dans le sens vertical. Je coupe la pointe de chaque moitié et j’épluche. D’abord la fine pelure mais également la couche suivante si elle est trop sèche. Je coupe les racines à ras sans enlever le talon. J’émince alors le demi oignon en fins arcs depuis la pointe jusqu’au talon que je jette. 6 minutes. Tout est envoyé au fond de la marmite. Je remue. Tous les arcs se séparent. Ils vont rissoler à feu très doux dans la matière grasse. Le but est qu’ils deviennent tendre et prennent une jolie couleur brune mais sans sécher ni cramer. Je dépose encore une feuille de laurier et un brin de thym. Je poivre. Régulièrement je remue et tourne avec une cuillère. 32 minutes. Les arcs sont fondants, certains ont jauni voire bruni. Je verse alors un litre d’eau fraîche. Je pousse le feu au maximum. Je commence à saler. 40 minutes. La soupe bout. Je réduis et laisse encore quelques minutes. Je goûte et resale. 43 minutes. J’arrête le feu, la soupe est prête.

A côté j’ai fait griller quelques tartines de pain sur ma poêle soviétique au titane. Rescapée, sans manche. Je les sers avec trois louches de soupe brûlante. Malheureusement je n’ai pas de fromage râpé aujourd’hui. Nous nous régalons de ce jus de couleur caramel encore troublé de la sève blanche de l’oignon. Avec un peu de pain, il nous désaltère et suffit à nous restaurer par ce jour blanc de janvier.

Boule à facettes sur fond blanc 1

Vers la fin du Van Gogh de Pialat, Vincent se trouve dans un assez joyeux bordel et se restaure d’une soupe à l’oignon tandis qu’il ne cesse d’être sollicité « J’aimerais bien manger ma gratinée tranquille ». Dans les 120 journées, à la fin de la dixième nuit de débauche, Sade rassemble tout le monde sans distinction autour d’une soupe à l’oignon.

Vers la pointe du jour, on voulut se remettre à table, quoiqu’on eût beaucoup bu pendant la nuit. On s’y mit tous pêle-mêle et indistinctement, et les cuisinières que l’on réveilla envoyèrent des œufs brouillés, des chincara, du potage à l’oignon et des omelettes.

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. chammy dit :

    Bonsoir, je découvre le blog, chouette façon d’écrire les articles c’est très sympa à lire!
    Bravo =)

    1. Merci
      Voici le lien vers « La gloutonnerie de Chammy » :
      http://lagloutonneriedechammy.over-blog.com

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